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 interview de DEMIS ROUSSOS

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VIRGULE
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Date d'inscription: 12/01/2009

MessageSujet: interview de DEMIS ROUSSOS   Mar 27 Oct - 8:58

0/ Bonjour Demis Roussos
Bonjour.
1/ Voilà un retour avec un nouvel album, alors que l’album précédant date de
1989. Que s’est-il passé pendant tout ce temps ?
Je n’en sais rien. Ce n’est pas un retour, mais un retour discographique tout
simplement. Moi je ne suis allé nulle part. J’ai tourné dans le monde comme je l’ai
toujours fait, en faisant des concerts et des rencontres musicales. Le dernier album
de 1989, était un album de world music, plutôt pour mon plaisir personnel que pour
des raisons commerciales. J’ai arrêté d’enregistrer parce que je n’avais pas grandchose
à dire. Je me considère plus comme un musicien que comme un chanteur, et
un musicien enregistre quand il a quelque chose à exprimer. J’ai donc tourné dans le
monde, j’ai rencontré le groupe Little Barrie, avec lequel on a eu des affinités sur le
plan musical. On a bien discuté, on a eu un bon contact. Quand j’ai rencontré mon
producteur actuel, Marc Domenico, on a eu cette idée de faire un album vintage. On a
pensé à ce groupe, on a pensé que ça pourrait être les bonnes personnes pour
réaliser cet album en studio. On a enregistré en live, pour pouvoir aller le jouer sur
scène. On a fait un album très pur, très simple, sans fioriture, dans un style précis,
dans un studio mythique avec une ancienne console des années 60 que les Beatles
utilisaient, avec des amplis de l’époque, pour que l’on puisse adapter la musique que
l’on voulait faire avec un son approprié. C’est comme ça qu’est né ce produit vintage,
très inspiré par les années 60-70. On a travaillé avec Little Barrie, car bien qu’ils
soient jeunes, ils sont aussi friands de cette musique que moi. Tout tombait bien, c’est
un album d’équipe. Je crois aux équipes, je crois que quelque chose se fait bien quand
il y a une équipe qui pense et qui crée la même chose. C’est comme ça qu’on a fait cet
album, sans fioriture, sans rien. Je sais que c’est inattendu, c’est étonnant. La
question est « Est-ce que ça plait ? ». Je pense que ça plait à la plupart des gens.
Quelques uns hésitent. Mais les gens qui hésitent sans exprimer une opinion alors que
dans leur fond intérieur ils aiment sont des gens qui devraient aller voir un médecin,
parce qu’ils ont un problème dans la tête.

2/ C’est assez étonnant car Little Barrie fait une musique qui vous plonge dans le
passé. Qu’est-ce que vous avez ressenti ? C’est un peu la madeleine de Proust,
vous vous êtes retrouvé dans certaines années, par rapport au studio, vous avez
retrouvé des sensations de l’époque ?
Tout à fait, je suis quand même un enfant des années 60-70. Les chansons sont
tirées de là, on a utilisé de jeunes compositeurs français, mais Picci a vécu en
Angleterre et il adore ce son vintage des années 60-70. Il fallait prendre tous les
ingrédients qui appartiennent à ce monde. J’ai choisi une interprétation plutôt
blues/soul. En tant qu’interprète, je me suis plutôt retourné vers mes racines. Mes
racines remontent à avant Aphrodite’s Child, j’étais dans des groupes de soul et de
blues. ‘Back to the Track’, c’est ça mon retour aux sources.
3/ Cette jeune génération n’a pas vécu les années que vous avez vécues, parce
que c’est tout un environnement politique, social. Qu’est-ce qui leur plait tant de
plonger dans ces années là, d’après vous ?
C’est une preuve qu’il faut regarder de plus près les jeunes. Les jeunes sont mal
compris aujourd’hui et c’est pour ça qu’ils se révoltent. Ils paient la note de tous les
problèmes sociaux, et spécifiquement les problèmes issus de la crise économique.
C’est eux qui sont sans travail, qui se révoltent, qui font des choses qui ne sont pas
dans leur nature. Les jeunes ont plein de choses à nous apprendre et à nous montrer.
Little Barrie sont des musiciens jeunes qui se sentent très proche d’une musique
vintage alors qu’ils n’ont pas vécu dedans. Cela veut dire que les jeunes comprennent
et qu’ils ont envie de s’exprimer.
4/ Ça représente des années d’insouciance ? Mai 68 ? Il y a peut être ce
sentiment de liberté dans cette musique ?
Peut être que ce sentiment de liberté les excite, parce qu’ils ne l’ont pas, on ne leur donne pas.

5/ Dans les textes, dans les chansons, on parle d’amour et de paix, mais il y a
aussi un peu de colère dans la dernière chanson.
C’est une chanson politique sur les groupes internationaux qui nous gouvernent. La
terre est dirigée par des groupes, des clubs, des lobbies. Ils font la pluie et le beau
temps. Il est faux de croire que c’est un gouvernement qui gouverne un pays alors que
ce n’est pas lui. Le gouvernement, ce sont tout simplement des employés de ces
grands groupes, qui font les plans de la prochaine crise, de la prochaine guerre. On
paie la note. « This is why they don’t give a fuck », pour nous autres. C’est pour ça que
le dernier discours de Gandhi est dans cette chanson, parce que Gandhi prêchait
l’amour, la connexion entre les humains. C’est ça qui manque aujourd’hui, les gens ne
communiquent plus. Ils ne peuvent pas discuter, trouver des solutions à leurs
problèmes. On ne nous laisse pas communiquer. Ceux qui nous gouvernent et qui
nous guident vers ce qu’ils veulent ne nous laissent pas communiquer. Ils inventent un
nouveau portable ou un nouvel ordinateur tous les jours, pour nous engager dans un
tourbillon de non-communication, pour aller vite soit disant. C’est ce manque de
communication qui nous emmène dans la merde.
6/ Vous êtes en colère Demis !
Je suis en colère mais quelque part je m’en fous parce que je suis un bon Grec
philosophe. J’ai hérité ça de mes ancêtres et nous les grecs on philosophe tout. Je
suis en colère sans trop être en colère, ça ne sert à rien.
7/ Revenons au fond de cet album. Il y a deux reprises, avec des artistes que vous
aimez bien. Pourquoi ce choix de Randy Newman et Johnny Cash ?
Randy Newman est un musicien très talentueux, que j’ai eu la chance de rencontrer
quand je vivais à Los Angeles. Johnny Cash est une icône de la musique country, une
musique qui habite en moi et que j’avais très envie de faire un jour.

8/ On vous connait dans différents genres, au fur et à mesure des années. Il y a
eu l’opéra, le rock, soul, blues. On a l’impression que vous êtes à l’aise partout
avec votre voix. Vous avez envie de voyager ? Vous aimez ça ?
C’est ça un artiste. J’ai commencé très jeune en étant musicien de jazz. Je suis passé
à des groupes de soul et de blues, après je suis passé dans une période pop
psychédélique, avec Aphrodite’s child. Ensuite, je suis passé dans une période variété.
C’est comme les peintres, avec leur période jaune, verte, blanche. Un jour, quand j’ai
vu que je n’avais plus grand-chose à dire, je me suis arrêté d’enregistrer. Il y avait une
vieille envie qui murissait dans ma tête pour un son différent. Marc Domenico et Little
Barrie m’ont donné la possibilité de la réaliser.
9/ Est-ce que ça vous fait plaisir quand on vous dit que vous êtes un « monument »
du patrimoine grec ?
Oui, bien sûr ça fait plaisir. Je pense que pour tout être humain, quand on touche à
son patrimoine, à ses origines, ça le touche. Pour un Français c’est pareil, pour un
Anglais c’est pareil. Je suis heureux, fier d’avoir pu faire quelque chose d’artistique et
si cela a pu aider culturellement mon pays, si j’ai pu apporter une petite pierre à la
culture de mon pays. Elle n’en a pas vraiment besoin, on a une très longue histoire
donc une culture énorme.
10/ Une tournée s’annonce, le 25 septembre au Grand Rex sera un peu le début
de la tournée. Vous serez avec les musiciens qui vous ont accompagné en partie
dans cet album ?
Je vais faire ce concert à Paris, suivi par une tournée que je souhaite voir arriver. Le
contact avec la scène pour un artiste comme moi est très important.
11/ Comment vous la sentez cette scène ? Vous la voyez déjà, parce que vous
avez enregistré dans des conditions live. Vous savez comment ça va se passer ?
J’ai envie de faire un spectacle assez simple, assez sobre, comme un « happening ».
J’aurais aimé être sur scène et que le public me demande quoi chanter. J’aimerais
bien avoir cette ambiance. Pour moi, le challenge c’est de pouvoir adapter des
chansons de variété dans ce son. C’est une partie intéressante de ce projet.
12/ C’est un concert qui peut durer 3-4 heures !
Oui, avec des arrêts, on va manger et on revient !
13/ Merci Demis.
C’est moi qui vous remercie.
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